LE DEUIL DE LA RELATION : LE CHOC


Le deuil d’une relation est toujours un moment terriblement difficile, surtout pour celui qui est quitté. Non pas que celui ou celle qui quitte soit hermétique émotionnellement… la différence se note surtout dans le choc.  Et lorsque je parle de « quitter », en réalité, il n’est même pas nécessaire d’en arriver jusque-là pour que l’individu qui en souffre puisse ressentir une atroce douleur intérieure, au point de développer un handicap invisible passager.

En effet, c’est l’intensité émotionnelle qui détermine le choc, et donc la douleur ressentie. Qu’il s’agisse d’une rupture, de la découverte d’une infidélité, d’une trahison profonde ou bien d’un deuil réel, cela peut provoquer un cataclysme chez l’individu amoureux, parfois sous emprise d’une dépendance affective, ou plus simplement avec une importante défaillance en termes de confiance en soi.

 

J’ai rencontré des personnes avec des idées noires, prêtes à se faire interner, qui ne dormaient plus, ne mangeaient plus, en incapacité d’avoir une quelconque concentration pour travailler, incapables de s’occuper du foyer tel qu’ils l’auraient fait habituellement. On m’a même décrit des « absences », où la personne se retrouvait au volant de sa voiture, à conduire de façon automatique, et tout à coup se demander où elle est, où elle va, et pourquoi.

 

On a aujourd’hui tendance à banaliser les séparations, divorces et autres troubles rencontrés au sein du couple. Or, il n’est pas d’émotion qui soit plus forte, plus heureuse, plus euphorisante, mais également plus terrifiante, et plus douloureuse, que celle en lien avec une personne que l’on aime. Après les « papillons dans le ventre », on se sent « pousser des ailes »…. Des symboles de légèreté, de sensation de flotter, de se sentir « comme sur un nuage ». Mais lorsque l’orage arrive, que la lune de miel est passée, que le temps a fait son œuvre, que d’autres portes s’ouvrent laissant entrevoir des zones d’ombre, la peur devient envahissante, l’insécurité règne, la pression et les enjeux augmentent, les blessures se réveillent, et les traumas naissent.

L’humain a besoin d’un minimum de sécurité pour lui permettre de se sentir utile, aimé, faire des projets, gérer les conflits, bref être un adulte responsable, équilibré, et qui avance. Lorsque l’esprit est en surchauffe, c’est le ciel qui lui tombe sur la tête, et plus rien d’autre ne peut compter.

 

Que faire ?...

Pour moi, la priorité est le sommeil. Retrouver autant que possible un repos forcé de l’esprit est indispensable, quitte à passer sa journée au lit. C’est par le sommeil que les hormones pourront tenter de réguler l’humeur, le stress et l’anxiété, voire atténuer certaines idées noires, pour entrevoir d’autres possibilités, aborder la situation sous un nouvel angle.

Chaque situation est différente, et bien sur, il ne faut jamais hésiter à consulter, car c’est de sa propre santé mentale dont il s’agit ! Plus on reste longtemps dans des émotions difficiles, et plus il est long et complexe d’en sortir. J’ai l’habitude de dire que l’humain s’adapte à tout, même au pire. C’est une question de survie. Mais parfois, lorsque le mental lâche, que le cerveau n’est plus en capacité de supporter ce qui lui arrive, alors il se met en système d’urgence : il cesse de fonctionner par ordre de priorité (boire, manger, dormir, se chauffer). En lieu et place, toujours les mêmes questions obsédantes, toujours les mêmes peurs de tout perdre et de ne pas pouvoir y survivre. En parler avec une personne extérieure permet de soulager, de se faire accompagner pour mieux prioriser, mieux écouter la petite voix qui veut s’en sortir, mieux entendre et comprendre les maux.

Aussi, le troisième point important, est de pouvoir communiquer avec la personne à l’origine de sa souffrance. Lui poser des questions, comprendre un point de vue différent du sien, c’est remettre un peu de clarté dans sa tête. S’il est impossible d’échanger, écrire est un moyen qui peut s’avérer très intéressant, qui oblige à construire et organiser ses pensées, peut-être même à se mettre à la place de l’autre pour prendre conscience de ses propres erreurs. L’écriture peut également permettre de vider son sac sur les injustices ressenties, mais aussi de se montrer plus bienveillant avec soi.

Enfin, il n’est toujours pas question de baguette magique…le meilleur allié est le temps. Les phases du deuil sont parfois longues et laborieuses. Si ce seuil perdure plus de douze mois, il devient pathologique. Mais dans la grande majorité des cas, l’humain cherche le chemin naturel vers la guérison.

 

Petit rappel sur les étapes du deuil émotionnel :

  • Annonce, choc
  • Déni, refus
  • Colère
  • Peur
  • Négociation, marchandage
  • Dépression
  • Tristesse
  • Acceptation
  • Pardon
  • Quête de sens
  • Sérénité, paix retrouvée.

Evidemment, ces étapes peuvent être ressenties de façon plus ou moins confuses et entremêlées, et c’est normal. Les allers-retours émotionnels font aussi partie du chemin vers cette guérison.

 

Pour conclure, je dirais que même s’il s’agit d’un cliché, se laisser du temps est essentiel. Ce que vous vivez aujourd’hui n’est pas ce que vous vivrez demain. Alors oui, il est des jours où l’on pense au pire, mais la plupart du temps, ce genre d’épreuve rend plus fort, plus aimant avec soi, plus respectueux et clair sur les propres limites que l’on fixe. C’est dans le chaos que l’on peut reconstruire. Car l’enjeu a changé : se sauver avant tout, et Vivre.